Après Ramadan : Construire sa tente de présence à Dieu

Il y a des instants suspendus, où le cœur se reconnecte à son origine. Le mois de Ramadan en fait partie. Pour certains, il a été un renouveau discret. Pour d’autres, un sommet, parfois vécu dans l’intensité d’une retraite spirituelle. Mais toute ascension appelle un retour à la réalité du quotidien. Et ce retour est une épreuve.

Comment ne pas perdre ce qu’on a goûté ? Comment faire en sorte que le lien renoué avec Dieu ne s’effiloche pas, noyé dans les rythmes de la vie ordinaire ? C’est là qu’intervient l’idée de bâtir sa tente.

La tente de la présence à Dieu (dhikr)

Cette tente n’est pas de toile. Elle est intérieure. Invisible à l’œil, mais essentielle au cœur. C’est le lieu de la présence constante à Dieu, que l’on porte en soi, même au milieu des responsabilités, des bruits, des urgences. C’est un abri mobile, que rien ne peut arracher à celui qui l’a ancrée fermement : « Ceux qui ont cru, et dont les cœurs se tranquillisent à l’évocation de Dieu… » [1]

Dans cette tente, il fait toujours doux. Dehors, il peut faire froid, sec, instable. Mais à l’intérieur, tu vis avec Dieu. Et c’est cela, la vraie stabilité. C’est aussi cela, le trait d’union entre ici-bas et la vie dernière.

Un pilier central. Des piquets précis

Comme toute tente, il y a un pilier central : la prière. Cinq prières quotidiennes, à l’heure, avec recueillement : c’est le cœur battant de la tente.

Puis viennent les piquets. Ce sont tes pratiques spirituelles régulières (awrad), enracinées dans le temps. Mais attention, il faut quantifier. Car ce qui ne se mesure pas ne se maintient pas :

– Coran : quelle quantité ? à quel moment ?

– Évocation de Dieu : La illaha illa Allah, prière sur le Prophète… combien ?

– Prières surérogatoires : matin ? nuit ?

– Visites familiales ou utiles – quand ?

– Présence hebdomadaire à une assise nourrissante ?

– Intention dans le travail : comment rester connecté ?

« L’acte le plus aimé de Dieu est celui que l’on fait régulièrement, même s’il est minime. » [2]

Formaliser sa résolution

Ramadan ne doit pas s’achever sans avoir laissé une trace concrète. Note ce que tu veux établir :

– ce que tu veux garder,

– ce que tu veux renforcer,

– ce que tu veux commencer.

Écris-le noir sur blanc. Pas dans le flou. Pas dans le “inchallah général”. Dans le précis, l’engagé, le responsable. Et une fois que c’est clair, que ta résolution est posée, alors : « Une fois que tu t’es résolu, place ta confiance en Dieu. » [3]

C’est à ce moment-là que tu te lèves. Tu fais deux unités de prière. Et tu dis, au cœur de la nuit, dans la prosternation :

« Mon Dieu, je T’ai présenté ce que j’aimerais être, mais je sais ce que je suis. J’ai couché sur le papier des engagements, mais je suis habité par l’oubli, par la paresse, par mes contradictions. Tu es la lumière, et moi je suis dans l’obscurité. Tu es Le Puissant, et moi je suis insignifiant. Tu es Le Riche absolu, et moi je n’ai rien. Alors je me tourne vers Toi. Ne me laisse pas à moi-même. Inspire-moi. Soutiens-moi. Sois présent à chaque piquet que j’enfonce, car sans Toi, cette tente ne tiendra pas. Et je n’ai pas d’autre lieu où me réfugier que Toi. »

Détermination : ne pas lâcher l’affaire

Le début sera difficile. L’ego, affaibli par le jeûne, va revenir avec force. La fatigue. Les excuses. Le “je n’ai pas le temps”. Mais ne lâche pas l’affaire. Tiens. Jour après jour.

Les premières semaines sont cruciales. Chaque jour gagné est une racine qui s’installe. Et bientôt, ce programme ne sera plus un effort. Il deviendra un second souffle. Une stabilité intérieure.

Et si jamais tu as visé trop haut, que tu as surestimé ta force, n’aie pas honte de réajuster. Mieux vaut modifier un piquet que de voir toute la tente s’écrouler. Sois souple sans être laxiste. Sois exigeant sans être extrême.

Une tente bien ancrée a besoin de compagnons

Tu ne bâtis pas seul. Il te faut une compagnie qui te tire vers le haut. Des frères et des sœurs qui te rappellent à Dieu, qui te remettent sur les rails quand tu t’égares, et qui t’inspirent par leur propre constance : « L’homme est de l’intensité de foi de son ami intime. Choisissez donc avec soin vos amis ». [4]

Une assise hebdomadaire avec cette compagnie, c’est comme resserrer les cordes de ta tente chaque semaine.

Vers le sommet, un pas après l’autre

Tu vises la proximité avec le Prophète, paix et bénédictions sur lui ? Alors ne perds pas son modèle de vue :

– Il priait la nuit,

– Il évoquait Dieu constamment,

– Il vivait avec le Coran,

– Il jeûnait régulièrement,

– Il était utile à sa communauté,

– Il ne vivait que pour Dieu.

C’est vers cela qu’il faut tendre. Pas d’un coup. Mais pierre après pierre. Engagement après engagement. Tu n’es pas trop faible. Tu es simplement appelé à construire, avec méthode, amour et constance.

La tente, lieu d’éternité

Ta tente, c’est ta paix. Ta tente, c’est ta lumière. Ta tente, c’est ton lien vivant avec Dieu.

Mais ce n’est pas qu’un abri. C’est le paradis sur Terre. C’est le lieu d’intimité, le cœur du cœur.

Tout peut s’effondrer, tout peut disparaître — les gens, les repères, la santé, le monde, la mort… Mais Dieu reste : « Et il ne restera que la Face de ton Seigneur, plein de majesté et de noblesse. » [5]

Tout peut disparaître. Mais si tu es dans cette tente, si tu as bâti ce lien, alors tu es déjà dans l’éternité. Car cette tente t’accompagne dans ta tombe, dans la vie dernière et au Paradis.

Et quand les piquets sont solidement plantés, que les pratiques spirituelles régulières sont en place, que le souffle s’installe, la tente se recouvre peu à peu d’évocation continue. Il n’y a plus un instant sans Dieu. Et c’est cela, l’objectif ultime.

Un cœur éveillé, jour et nuit. Une vie entièrement offerte à Dieu. Jusqu’à ce que la tente devienne le Jardin lui-même. Et que le Jardin s’efface devant ce qu’il contient de plus grand : « Et l’évocation de Dieu est plus immense encore. » [6]

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[1]Coran, 13:28

[2] Hadith rapporté par Al-Bukhari

[3] Coran, 3:159

[4] Hadith rapporté par Abû Dawûd

[5] Coran, 55:27

[6] Coran, 29:45

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