Les Lumières du Coran : La compagnie des vertueux, une clé pour cheminer

Le Coran est une source intarissable de lumière et de guidance pour ceux qui s’efforcent de cheminer vers Dieu. Parmi ses enseignements profonds, la sourate Al-Kahf (La Caverne) occupe une place particulière. Son verset 28 nous offre une précieuse leçon sur la patience, l’importance de la compagnie des croyants et la nature éphémère des plaisirs terrestres.

« Fais preuve de patience en compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, recherchant Sa satisfaction. Ne les quitte pas pour courir après les plaisirs de ce monde. N’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui suit ses passions et se complaît dans ses excès. »

Ce verset nous rappelle que la quête spirituelle ne peut se faire seul : elle s’ancre dans une dynamique collective et nécessite un effort constant pour s’entourer de ceux qui invoquent Dieu avec sincérité. Il met aussi en garde contre les distractions du monde, qui risquent de détourner le croyant de son objectif ultime.

En explorant ce verset sous plusieurs angles, nous allons en tirer des enseignements essentiels pour notre cheminement spirituel.

Un appel à la patience

Le message principal de ce verset souligne l’importance de rechercher la compagnie des hommes et des femmes pieux / pieuses, celles et ceux qui invoquent leur Seigneur avec sincérité. Il nous met également en garde contre la tentation de s’éloigner de cette compagnie pour céder aux plaisirs éphémères de ce monde. L’une des premières difficultés sur le chemin spirituel est de maintenir un effort constant et une pratique régulière. L’ego humain a tendance à rechercher la distraction et à éviter les actes de dévotion exigeants.

Ce verset nous enseigne que la patience n’est pas seulement une vertu face aux épreuves, mais qu’elle est essentielle, non seulement pour persévérer dans l’adoration, mais aussi pour rester aux côtés de ceux qui nous aident à progresser spirituellement…

L’importance du cheminement en groupe

Un aspect moins évident du verset est la mention de la patience en compagnie d’autres croyants. Cela implique également de tolérer leurs défauts et imperfections. En effet, même ceux qui sont avancés dans leur cheminement spirituel ont un ego et peuvent montrer des traits de caractère qui nous dérangent. Le cheminement en groupe représente une épreuve en soi. Il nous confronte à la réalité de nos propres faiblesses ainsi qu’à celles des autres. Parfois, nous pouvons être tentés de juger sévèrement les autres ou de les fuir à cause de leurs défauts. Ce verset nous rappelle que supporter ces épreuves fait également partie de notre purification spirituelle. L’histoire de Moïse et Al-Khidr, racontée plus loin dans la sourate, illustre parfaitement cette idée. Moïse, malgré son statut de prophète, ne comprenait pas les actions apparemment choquantes d’Al-Khidr, jusqu’à ce que ce dernier ne les lui explique. Cela montre que nous devons faire preuve d’humilité et de patience dans notre cheminement, même lorsque tout ne nous est pas immédiatement compréhensible.

L’illusion de l’ego et la soumission à la volonté divine

En approfondissant l’analyse, nous pouvons établir un lien entre ce verset et un enseignement plus profond sur la nature de l’ego. Dans les écrits de maîtres spirituels tels qu’Ibn Arabi, l’ego est considéré comme une illusion[1] qui nous empêche de percevoir la réalité de l’action divine dans nos vies. Dieu est Celui qui guide toutes choses, mais nous avons souvent l’illusion d’agir de notre propre initiative. L’histoire d’Al-Khidr illustre cette vérité : ses actions étaient en réalité une manifestation de la volonté divine, même si elles peuvent sembler incompréhensibles au premier abord. Le véritable cheminement spirituel ne consiste donc pas seulement à lutter contre l’ego, mais à réaliser qu’il s’agit d’une illusion. L’ego n’existe pas par lui-même ; il est un moyen par lequel Dieu nous éprouve, et c’est en réalité Dieu qui en est le maître absolu. Celui qui atteint un état spirituel avancé vit dans la béatitude, car il accepte pleinement la volonté divine et abandonne l’illusion de contrôler totalement sa propre vie.

Dans notre vie de tous les jours, nous avons en général l’impression du libre-arbitre[2]. Nous agissons comme si nous faisions tout de notre propre chef. Si quelqu’un vient vous interroger alors que vous êtes en train de faire vos courses par exemple, et vous demande qui vous fait faire cela, vous répondrez en général que c’est vous-même, ou bien que vous suivez l’ordre d’une autre personne. Mais il ne vous viendra jamais à l’idée de répondre que c’est le fruit de la volonté divine. Et plus généralement, nous avons le même genre de réflexe quand il s’agit de considérer les décisions importantes de notre vie. C’est précisément ici que l’esprit spirituellement avancé, ayant atteint la perfection (ihssane), peut se distinguer et s’abandonner totalement à la volonté divine. C’est d’ailleurs ce qu’exprime Al-Khidr à travers une phrase transcrite dans le verset 82 de la même sourate, et en voici une traduction possible en français : “Je n’ai rien fait de mon propre chef”.

Je me permets de reprendre à mon compte cette phrase et je vous invite à faire de même : je n’ai rien fait de mon propre chef… car mon ego (mon propre chef !) est en réalité une illusion faite pour me faire croire à mon “indépendance” en tant qu’être. Mais en réalité, toute la volonté, toute la puissance, toute action et son résultat, n’appartiennent qu’à Dieu et je ne suis comparable qu’à un radeau porté par les flots, sans rameurs ni capitaine, et qui atteindra les ports auxquels Dieu veut bien le faire accoster…

Conclusion

Le verset 28 de la sourate Al-Kahf est une invitation à la patience, à la constance dans l’adoration et à la recherche d’une compagnie vertueuse. Le cheminement spirituel ne peut se faire seul, mais en la compagnie des pieux qui est une source de force et de stabilité. Ce verset nous enseigne également que les plaisirs de ce monde sont éphémères et qu’ils ne doivent pas détourner notre cœur de l’essentiel : la recherche de la satisfaction divine.

En approfondissant cette réflexion, nous comprenons que le véritable voyage spirituel est celui du dépassement de l’ego et de l’abandon à la volonté divine. À travers l’histoire de Moïse et Al-Khidr, le Coran nous apprend à faire preuve d’humilité, à accepter ce qui nous dépasse et à nous soumettre avec confiance à la sagesse infinie de Dieu.

Puissions-nous méditer sur ces enseignements et les intégrer dans notre quotidien, en cultivant la patience, la gratitude et la quête sincère de la lumière divine.


[1] Pour être plus précis, l’auteur du Traité de l’Unité, classiquement identifié comme Ibn Arabi bien qu’on n’en soit pas certains, considère que l’ego n’a pas d’existence propre. Il est donc “pire” qu’une illusion, il est “inexistant”. Mais ce concept nécessiterait une explication longue pour être bien compris. Nous avons fait ce choix de simplification afin de clarifier le message, qui véhicule ainsi mieux, nous l’espérons, l’enseignement de ce grand maître, que Dieu l’ait en sa miséricorde.

[2] Nous n’entrerons pas ici dans le débat sur l’existence du libre-arbitre. Le but de ce passage est simplement de mettre en évidence un fait incontestable : nous conscientisons nos actes comme si nous avions un libre-arbitre (indépendamment du fait que nous l’ayons ou pas). C’est notre ego qui nous conditionne à cela.

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